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les pertubateurs endocriniens: comment agissent ils dans notre corps?

Perturbateurs endocriniens : comment agissent-ils dans notre corps ?

Les perturbateurs endocriniens sont des substances nocives à notre système hormonal, qui font malheureusement partie de notre quotidien. Pour mieux comprendre comment ils agissent dans notre corps et leurs conséquences, nous avons demandé les explications d'une chercheuse spécialiste du sujet.



Selon la définition de l'Organisation mondiale de la santé, « les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques d'origine naturelle ou artificielle étrangères à l'organisme qui peuvent interférer avec le fonctionnement des systèmes endocriniens et induire ainsi des effets délétères sur cet organisme ou sur ses descendants ».

 

Les systèmes endocriniens sont nombreux dans le corps humain, et comprennent tous les organes produisant des hormones (pancréas, glandes surrénales, testicules, ovaires, thyroïde,...). Appelés perturbateurs endocriniens, certaines substances chimiques de notre vie de tous les jours seraient capables de dérégler nos systèmes hormonaux et de causer de graves dégâts. Mais comment est-ce possible ? Comment ces perturbateurs agissent-ils dans notre corps ?

Virginie Rouiller-Fabre, Professeure à l'Université Paris Diderot et chercheuse dans le « Laboratoire de développement des gonades » (LDG, Inserm U967, CEA) nous a détaillé les mécanismes sous-jacents de ces substances.

De l'exposition à l'assimilation

« Il y a différentes glandes endocrines dans l'organisme, qui ont la propriété de sécréter des hormones véhiculées par le sang », explique tout d'abord Virginie Rouiller-Fabre. « Ces hormones vont ensuite agir à différents niveaux de l'organisme, dans des tissus ‘‘cibles''. Ces tissus sont ‘‘cibles'' car ils possèdent des récepteurs à l'hormone. C'est comme un système clef-serrure, la clef étant l'hormone et la serrure le récepteur. » Et c'est sur ce système de liaison que va généralement agir le perturbateur endocrinien, une fois entré dans notre corps.

« La voie majeure de contamination est la voie orale, par ingestion via l'eau de boisson ou les contenants alimentaires, les perturbateurs endocriniens ayant tendance à être relargué dans le contenu », résume l'enseignante-chercheuse. « Mais l'exposition se fait aussi par voie dermique, par la peau (tickets de caisse, cosmétiques, jouets,...) ou encore par les voies respiratoires. »

Ensuite, « une fois entrés dans l'organisme, les perturbateurs endocriniens seront transformés et/ou dégradés (par le foie ou l'intestin notamment). Dans certains cas les perturbateurs vont ensuite être éliminés, mais dans d'autres cas, ils vont aboutir à des produits actifs. Dans le cas des phtalates par exemple, le DEHP n'est pas actif, mais le composé qui découle de sa dégradation pourra être nocif dans l'organisme. »

Comment se comportent les perturbateurs endocriniens dans l'organisme ?

Les perturbateurs endocriniens n'ont pas tous les mêmes effets dans l'organisme. Certains sont antagonistes : « grâce à leur structure proche de celle des hormones biologiques, ils vont se fixer sur ses récepteurs et empêcher l'hormone naturelle d'agir », nous explique la scientifique.

« Certains au contraire peuvent se fixer sur les récepteurs des hormones et vont avoir un effet encore plus important que l'hormone naturelle. On parle alors d'effet agoniste. »

Les perturbateurs peuvent aussi agir de façon indirecte sur nos systèmes hormonaux. « Les hormones, qui ne sont actives que sous forme libre, circulent majoritairement dans le sang avec des protéines de liaison. Mais certains perturbateurs modifient la production de ces protéines de liaison. Ainsi, si trop de protéines de liaisons sont produites, les hormones seront ‘‘séquestrées'', il n'y en aura quasiment plus sous forme libre, ainsi elles n'auront presque plus d'effets sur l'organisme. »

Enfin, le perturbateur endocrinien peut modifier la synthèse des enzymes de détoxification du foie, ce qui empêchera alors la dégradation et l'élimination des substances nocives de notre environnement.

Dans tous les cas, ces substances induiront un dérèglement de notre système hormonal, et donc des modifications biologiques (hypofertilité, retard de croissance, malformations génitales, puberté précoce, ménopause précoce, désordre métabolique...).

Les dangers de l'« effet cocktail »

« Les perturbateurs endocriniens ne sont pas des substances qui ont une longue durée de vie. Mais le problème, c'est que nous sommes exposés en continu, en permanence, et à une multitude de substances différentes », souligne Virginie Rouiller-Fabre.

« Si l'organisme est exposé à une substance toxique pendant un moment donné et que celle-ci est éliminée, l'organisme arrivera à réguler ses effets nocifs. Mais aujourd'hui il y a des substances causant des perturbations endocrines dans les crèmes, dans les plastiques, dans les boîtes de conserves, dans l'eau, dans l'air ambiant etc., si bien qu'on y est quotidiennement exposés », déplore-t-elle.

Pour l'heure, la scientifique nous précise que les équipes de recherche planchant sur le sujet essaient de comprendre les mécanismes d'action des perturbateurs endocriniens et de savoir si plusieurs perturbateurs activent la même voie de signalisation dans l'organisme et agissent sur les mêmes récepteurs, « ce qui pourrait entraîner un effet additif ou synergique. »

Elle rappelle par ailleurs que si les expositions in utero sont les plus néfastes, les expositions à l'âge adulte peuvent aussi entraîner des effets sur nos fonctions hormonales, sur la formation de spermatozoïdes par exemple et peuvent donc causer une baisse de fertilité.

 



27/02/2015
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